Le 16ème
siècle
Jusqu'au Moyen Âge, une grande partie des connaissances sur la guitare et son
évolution était déduite d'oeuvres, d'écrits, de peintures et de sculptures. Il
en découle que beaucoup d'inexactitude est associée à ces connaissances.
Au début du seizième siècle, cependant, on trouve beaucoup plus de fiabilité
dans ces connaissances à cause de l'apparition d'instruments qui existent encore
aujourd'hui. Des guitares du seizième siècle apparaissent sous forme de vihuela
de l'époque de Luis Milan, de guitare Rizzio de France, de chitarra battente
d'Italie.
La Vihuela
En Espagne, apparaît un autre instrument: la vihuela
(fig.1 et 2). À
l'origine, la vihuela était une petite guitare à quatre et cinq cordes. Vers la
même époque, au 16ème siècle, on vit l'apparition du luth
(fig.3) comme
instrument favori de l'aristocratie dans presque toute l'Europe. Sauf en Espagne
cependant. Dans ce dernier pays, le luth était associé aux Maures et à leur
domination tyrannique. Pour cette raison, les Espagnols n'étaient pas attirés
facilement par cet instrument. Ils appréciaient cependant la musique composée
pour le luth, mais en cherchant un moyen de jouer cette musique sur un
instrument différent du luth. Les aristocrates, eux, se tournèrent vers la
populaire guitarra avec ses quatre doubles cordes. Toutefois, une guitare avec
seulement quatre cordes n'était pas assez puissante pour rencontrer les besoins
de la musique polyphonique complexe. De plus, les aristocrates d'Espagne
dédaignaient cette guitare qui était alors l'instrument associé à la basse
classe. Dans le but de trouver une solution à cet état de fait, la guitare à
quatre cordes fut agrandie et on en fit une guitare à six cordes doubles
accordées de la même façon que la guitare actuelle à six cordes simples à
l'exception de la troisième corde, accordée un demi-ton plus bas. C'était
l'instrument qui allait être connu sous le nom de vihuela.
Dans sa forme la plus avancée, la vihuela était une guitare avec six cordes
doubles faites de boyau animal. La forme la plus grande de vihuela mesurait
quelques quatre pouces de plus que la guitare moderne. Le manche avait douze
frettes.
Un des premiers vihuelistes, dont les publications nous sont connues était Luis
Milan, né en 1500. En 1535, il publia un livre, Libro de Musica de Vihuela de
Mano Intitulalo "El Maestro". C'est probablement l'ouvrage le plus important de
Luis Milan.
La dernière vihuela connue remonte à 1700 et représente le stade final de
développement de l'instrument. Ses frettes sont en métal, les courbes de la
caisse sont plus prononcées et la rosette est de type ovale. Cet instrument a
joui d'une popularité évidente vu la grande quantité de musique écrite pour lui
et qui existe encore. La musique pur la vihuela était écrite en notation de
tablature: dans ce système, chaque ligne de la portée représente une corde de
l'instrument. Dans le système de tablature espagnole et italienne, la première
corde est représentée par la ligne du bas, tandis qu'en tablature française et
anglaise, c'est le contraire. Les chiffres sur les lignes indiquent le frette où
on doit appuyer le doigt sur une corde associée à la ligne. Les valeurs de notes
sont indiquées par les représentations de divers types de notes au-dessus de la
portée. Ces valeurs de notes sont semblables à notre système de notation actuel.
Les premiers à publier des oeuvres de tablature espagnole pour la vihuela furent
Luis de Milan en 1535, Luis de Narvaez en 1538, Alonso de Mudarra en 1546.Cette
collection de tablatures contient les plus belles compositions instrumentales de
la Renaissance. Le 16ème siècle a été l'âge d'or de la musique de vihuela
espagnole.
La guitare à
quatre séries de cordes
La guitare égyptienne à quatre cordes, une fois arrivée en Europe, subit un
important changement de forme. Le nombre de cordes devint variable, passant de
trois, quatre à cinq cordes. Cependant, la guitare à quatre cordes
(fig.4) se
révéla la plus populaire vers la fin du Moyen Âge.
Au 15ème siècle, les expressions chitarra et chitarino (Italie),
guitarra
(Espagne), quitare, quinterne (France), et gyterne (Angleterre) faisaient
allusion à un instrument au dos arrondi qui plus tard évolua et devint la
mandoline. Au 16ème siècle seulement, plusieurs des expressions ci-haut
mentionnées furent utilisées pour désigner les membres de la famille de la
guitare. [Tyler James, 1997]
La guitare à quatre cordes était en fait une guitare à quatre doubles cordes
dans la majeure partie de l'Europe sauf en Italie où la première corde était
simple, et la guitare en Italie était accordée différemment du système standard.
Alors qu'en général la pratique était d'accorder en octave la paire la plus
basse de cordes, chacune des trois autres paires étant accordées, en unisson,
les Italiens accordaient les deux premières paires de cordes en octave, les deux
paires les plus basses étant accordées en unisson. La première corde était
simple. Le plus souvent, l'Italie et les autres pays d'Europe accordaient leurs
guitares en sol, do, mi, la.
En Espagne, il y avait deux principaux systèmes d'accordement de la guitare à
quatre séries de cordes. Le premier consistait à accorder la guitare en sol, ré,
fa dièse, si. Ce système était plus approprié pour les vieilles ballades et la
musique golpeada (musique exécutée en accords) que pour la musique actuelle.
L'autre système était identique à la façon dont les quatre premières cordes de
la guitare moderne sont accordées.
La première des tablatures espagnoles contenant de la musique sérieuse pour la
guitare à quatre séries de cordes fut celle de Alonso Mudarra. On y trouve
quatre fantasias, une pavana et la romanesca "Gárdame las Vacas". Le second
ouvrage destiné à la guitare à quatre séries de cordes est Orphelina Lyra de
Miguel de Fuenllana. Le dernier ouvrage contenant de la musique pour cet
instrument fut l'ouvrage de Juan Carlos Arnat's Guitarra Española y Vandola de
cinco Ordenes y de Quatro, en 1586.
À mesure que ces tablatures espagnoles étaient publiées, la guitare à quatre
séries de cordes connaissait une popularité croissante en France et en Italie.
En Italie, une collection de musique pour la guitare était publiée à Venise sous
le titre Libro de tabolatura de chitarra, par Paolo Virchi. Le nombre croissant
de publications était équivalent au nombre de joueurs de guitare.
En France, l'édition de musique eut des effets marqués. De 1551 à 1555, cinq
livres de tablatures pour guitare furent publiés à Paris par Adrien Le Roy et
Robert Ballard. Ces livres contiennent des fantaisies et des pièces de musique
de danse telles que branles, galliards; de la musique pour chant et guitare:
psaumes, chansons. Ces compositions provenaient de plusieurs maîtres. On y voit
la preuve qu'une vraie école de guitare a existé en France au 16ème siècle.
D'allemagne, nous retenons les noms de deux joueurs de guitare: Michael Janusch
et Michel Mulich.
Il doit y avoir existé un grand nombre d'autres guitaristes, dans ces pays, qui
demeureront pour toujours anonymes, leur musique n'ayant jamais été éditée car,
à cette époque, il était presque impossible de publier sans une sanction royale.
La guitare à cinq
séries de cordes
Au Moyen Âge, des guitares à trois, quatre et cinq cordes ont coexisté. À partir
du 15ème siècle, la guitare à quatre doubles cordes devint la plus populaire. Au
16ème siècle, elle fut, à son tour, supplantée par la guitare à cinq doubles
cordes (fig.5).
La première preuve d'une guitare à cinq séries de cordes nous est donnée par une
gravure italienne datant du 15ème siècle. L'instrument en question est au moins
aussi grand que la guitare moderne, la caisse semble plus grande que celle de la
guitare actuelle. Sa construction soignée attire notre attention sur l'excellent
travail d'artisanat pour lequel les luthiers italiens de cette époque étaient
réputés.
Il existait un instrument, parent avec la guitare à cinq séries de cordes, connu
sous le nom de chitarra battente (fig.6).
La chitarra battente est caractérisée
par une caisse de résonance à l'arrière courbé légèrement vers l'extérieur (fig.7) contrairement à l'arrière plat de la caisse de la guitare moderne. Le
chevalet se terminait par des dessins en forme de feuilles à chaque extrémité.
Les frettes, faits de boyau animal, étaient collés, et un chevalet, semblable à
celui utilisé sur le luth, était collé sur la caisse. L'arrière de la caisse
était décoré de rayures blanches. Ces derniers motifs sont devenus très
populaires plus tard. À ses débuts, la chitarra battente était surtout un
instrument joué en arpégeant. Au début du 16ème siècle, elle fut utilisée pour
jouer en monocorde en plus d'être utilisée pour arpéger. La popularité de la
guitarra battente est illustrée par ses fréquentes représentations en peinture.
La guitare Rizzio française est également décorée avec beaucoup de goût. Elle
est décorée d'écailles de tortue, d'ivoire, de nacre, et de bois d'ébène.
En Espagne, l'ouvrage le plus complet sur la guitare à cinq séries de cordes a
été publié à Barcelone en 1586. Écrit par Juan Carlos Amat, l'ouvrage possède
une section concernant une nouvelle méthode pour jouer de la guitare à cinq
séries de cordes et contient plusieurs compositions dédiées à cet instrument.
En conclusion
La guitare à cinq séries de cordes provient du développement et de l'évolution
de la guitare à quatre séries de cordes. La guitare à cinq séries de cordes
était accordée selon A-D-G-B-E comme les cinq premières cordes de la guitare
moderne. Puisque la guitare à quatre séries de cordes était accordée comme les
quatre premières cordes de la guitare moderne, on en conclut que l'addition de
la corde basse A a donné naissance à la guitare à cinq séries de cordes. La
guitare à cinq séries de cordes est apparue en Italie, y a connu la faveur ainsi
qu'une popularité croissante à travers l'Europe du 16ème siècle.
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