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Big Joe Williams

Né Joseph Lee Williams le 16 Octobre 1903 à Crawford, Mississippi.

Son véritable nom est Joseph Lee Williams, mais il fut surnommé "poor Joe" (pour des raisons évidentes, contrairement à B.B. King ou John Lee Hooker, le blues ne l'a jamais enrichi) et surtout "big Joe" compte tenu de son gabarit imposant.

Il était à la fois chanteur, guitariste, mais aussi et surtout grand compositeur, auteur d'un des plus grands standards du blues avec "Baby, please don't go" (dès 1935) repris par les plus grands musiciens de blues comme Muddy Waters, mais aussi par des groupes pop et rock (en particulier Van Morisson et les Them). Il a enregistré et réenregistré ce titre lors de multiples séances tout au long de sa carrière.

Il fut d'abord l'une des grandes figures du delta blues puis l'un des créateurs du Chicago blues de l'après guerre avant de participer du blues revival des années 60. Sa carrière fut d'une rare longévité (environ 60 ans) mais aussi très prolifique (comme celle de John Lee Hooker) et forcément inégale. Il n'a en fait jamais arrêté d'enregistrer depuis les années 30 jusqu'à sa mort en 1982 (au total, plus de 200 titres), et cela pour une multitude de labels dont Delmark et Arhoolie.

Sa vie ressemble presque à une caricature. Sa jeunesse fut particulièrement difficile, battu par son beau père dès sa plus tendre enfance. Il apprend très jeune la musique sur un diddley bow (sorte de guitare à une seule corde). Il s'enfuit de chez lui dès l'âge de 9 ans pour mener une vie précaire et mouvementée de vagabond durant laquelle il rencontra quelques musiciens célèbres qui l'ont beaucoup influencé comme Charlie Patton et Leadbelly, par ailleurs des personnages assez peu recommandables, plus habitués des pénitenciers que des studios d'enregistrement.

Si quelqu'un connaît bien ce qu'est la route du blues, c'est bien notre hobo big Joe Williams qu'il l'a parcouru de long en large durant toute sa vie d'abord avec un medicine show où il accompagnait un charlatan vendant des supposés produits miracles. Ensuite, il survie tant bien que mal en jouant dans les fameux juke joint, souvent sordides. Mais ce grand consommateur d'alcool (à l'image de Charlie Patton) est aussi un infatigable coureur de jupon. Contrairement à Robert Johnson, il échappa de justesse à la colère d'un mari jaloux qui lui a tiré dessus car il avait chanté des avances à sa femme. S'il voyage d'abord à travers le Mississippi et en particulier le delta généralement accompagné du guitariste Honeyboy Edwards et de l'harmoniciste Sonny Boy Williamson, on le retrouve dans l'Alabama avec le Birmingham Jug Band puis à Saint Louis dans le Missouri où il influence le blues de la ville (il y rencontre le pianiste Walter Davis, alors l'une des vedettes du label bluebird qui lui permet d'enregistrer ses premières faces), et au Texas où il rencontre Leadbelly.

C'est son séjour à Chicago a marqué un tournant important pour sa musique qui s'électrifie. Il y enregistre pour le label Delmark (1957 à 61) récemment créé par Bob Koester, pour le label Cobra d'Elie Toscano et Willie Dixon, et Vee-Jay notamment. Mais c'est à Oakland en Californie, pour le label Arhoolie de Chris Strachwitz qu'il grave ses meilleurs disques ("Tough times", Arhoolie 1012 ; "Thinking of What they did to me", Arhoolie 1053 et surtout "Shake your boogie", Arhoolie 315). Big Joe Williams habite alors chez son filleul, l'harmoniciste Charlie Musselwhite.

On le retrouve en 1962 à New York où il enregistre pour le label Spivey en compagnie d'un jeune musicien blanc à l'harmonica qui débute une brillante carrière: Bob Dylan ! BJW jouera en 1963 avec Paul Butterfield, puis Mike Bloomfield. C'est aussi en 1963 qu'il effectue son premier voyage en Europe à l'occasion de l'American Folk Blues Festival, dont c'était la deuxième édition avec comme autres têtes d'affiche Sonny Boy Williamson (Rice Miller), Muddy Waters, Otis Spann, Willie Dixon, Memphis Slim et Lonnie Johnson. Il est alors l'un des principaux artisans du blues revival en europe. Il reviendra en 1972 pour la dernière édition de l'AFBF (je ne tiens pas compte de la tentative de reprise au début des années 80), vieilli et affaibli par des problèmes de santé (un diabète sans doute provoqué par l'alcoolisme).

A la suite d'une longue bataille juridique où il est notamment soutenu par Bob Dylan, il finit enfin par être reconnu comme le véritable auteur de "Baby, please don't go". Avec les royalties, il s'achète un bout de terrain à Crawford, son village natal et un mobil home où il vivra ses dernières années. La boucle est bouclée … Il participe encore au premier Delta Blues Festival en 1979.

Il reste aujourd'hui une référence majeure en matière de country blues, notamment pour son jeu énergique et brut de fonderie en bottleneck. Les thèmes qu'il chantait avec une énorme conviction lui ont généralement été inspiré par ses séjours en prison, notamment au pénitencier d'Angola en Louisiane (non loin de Lettsworth, le village natal de Buddy Guy). Il jouait sur guitares bricolées dans des états déplorables, où les micros ne tenaient que par du sparadrap et du fil de fer. Vu les tortures qu'ils leurs faisaient subir, elles aurait pu militer à SOS guitares battues. La grande originalité des guitares de Big Joe Williams, outre leur état de délabrement avancé, était le fait qu'elles avaient 9 cordes (trois cordes doublées de manière parfaitement artisanale), comme la fameuse Harmony Sovereign rafistolée qu'il utilisait en fin de carrière et que l'on peut voir sur de nombreuses photos. C'était un bricolo dont la finition était le dernier des soucis.

Ces guitares à 9 cordes ont inspiré le titre de plusieurs de ses disques ("Nine string guitar", Delmark 627 ; "Blues for nine strings", Bluesville 1056).

Mort le 17 Décembre 1982 à Macon, Mississippi.

 

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